jeudi 2 avril 2015

4 écueils du projet de loi Santé de Marisol Touraine

Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, vient de présenter un projet de  loi de modernisation du système de santé.
 
La Conférence des Evêques de France (CEF) attire l’attention du législateur sur plusieurs mesures proposées qui représentent une menace pour la juste compréhension de la personne humaine. Ce communiqué touche quatre points : avortement, don d'organes, "salles de shoot" et contraception des mineurs.
 
Comme il est probable que l’audience médiatique de ce texte ne soit pas très grande, je reprends ci-dessous l’essentiel des arguments de la CEF. En effet, ils peuvent nous aider à mieux réfléchir à ces questions complexes alors que les appréciations de chacun se font de plus en plus sous le coup de l’émotion et du sentiment. Et comme chacun sait, souvent, le senti … ment ! 
La suppression du délai de réflexion avant une IVG 

Pour bien des actes de la vie courante, des délais de réflexion sont préservés pour garantir une réelle liberté de choix. Supprimer le délai de réflexion pour les femmes voulant avorter revient à empêcher une réelle liberté de prise de conscience et de choix face à la vie qu’elles portent.

La suppression du délai de réflexion avant une IVG renforce une conception réduite de la dignité humaine faisant de l’enfant à naître un simple objet dont on doit disposer librement et retirant à la femme enceinte les moyens d’exercice de sa réelle liberté de conscience.

Nota personnel : il est étonnant que ce projet qui supprime un délai de réflexion se soit fondé sur une très longue période de réflexion (« Je l’ai construit dans la concertation avec les usagers et les professionnels. Deux cents débats régionaux, des échanges directs avec tous les acteurs concernés, un travail qui s’est poursuivi avec la présidente de la CAS, les cinq rapporteurs de ce texte, dont je veux saluer la mobilisation et l’engagement ces derniers mois, et de nombreux députés »). La réflexion, ça sert bien à quelque chose, non ?

L’autorisation de prélèvement d’organes 

Depuis 1994, en l’absence d’inscription d’un refus de prélèvements d’organes sur un registre national, la famille d’une personne décédée doit être interrogée par les médecins afin d’exercer le discernement nécessaire pour décider d’éventuels prélèvements. L’amendement adopté en commission des affaires sociales constitue un retour en arrière, car il considère que seule l’inscription sur le registre national qui recense les refus de don d’organe peut empêcher le prélèvement.
Cet amendement est donc une pure négation de cette ultime liberté qu’il faut laisser au défunt et à sa famille. « En réalité, n’est-ce pas plutôt considérer le corps humain après la mort comme une réserve d’organes exploitable en fonction des besoins de la société… N’est-ce donc pas une forme d’appropriation collective des corps ? » s’interroge le Père Patrick Verspieren.

Expérimentation des salles de consommation à moindre risque

La loi Santé propose aussi l’expérimentation pendant six ans des salles de consommation à moindre risque, les « salles de shoot ».
La CEF considère cette expérimentation comme une prise de risque inconsidérée car elle serait une forme de banalisation par la loi de la consommation de drogue. La loi doit poser des limites et non pas proposer des transgressions. Le risque d’émettre un mauvais signal, notamment, à destination des jeunes ne peut pas être couru ainsi.

Contraception d’urgence pour les mineurs

La phrase suivante se trouve dans le texte actuel : « Dans les établissements d'enseignement du second degré, si un médecin, une sage-femme ou un centre de planification ou d'éducation familiale n'est pas immédiatement accessible, les infirmiers peuvent, à titre exceptionnel et en application d'un protocole national déterminé par décret, dans les cas d'urgence et de détresse caractérisés, administrer aux élèves mineures et majeures une contraception d'urgence ».

Elle deviendrait : « Dans les établissements d'enseignement du second degré, les infirmiers peuvent, en application d'un protocole national déterminé par décret, dans les cas d'urgence, administrer aux élèves mineures et majeures une contraception d'urgence ».

La loi Santé en débat propose ainsi la banalisation de la contraception pour les mineurs.
Cette loi indique une conception erronée de la dignité de la personne humaine, ôtant toute responsabilité de la part des adultes vis-à-vis des jeunes mineurs confrontés aux questions affectives et sexuelles.
Il est inconcevable que la loi laisse ainsi les adolescents seuls dans l’exercice de ces premiers discernements qu’ils doivent faire sur leur corps, sur leur engagement, sur leur rapport même à la vie. Cet amendement vise encore à déconstruire un peu plus cette responsabilité que la société adulte doit exercer sur les jeunes générations, faisant miroiter à ces dernières une fausse image de la liberté faite, non pas de choix, mais d’absence de choix.

dimanche 28 décembre 2014

La loi de 1905 : une laïcité intelligente et non un laïcisme de combat.

Sans cesse, on nous serine « la laïcité » pour mettre l’expression de la foi sous un couvercle de béton, c'est-à-dire dans la plus stricte intimité ! A l’évidence, nombreux sont ceux qui, bien plus qu’athées, sont des militants virulents dont l’objectif est d’éradiquer toute forme de foi. Les mêmes sont certainement prêts à se définir comme tolérants, conciliants, ouverts, … Mais ce sont fondamentalement des intolérants, à l’esprit fermé sur leurs certitudes idéologiques.

Ils sont pris d’une véritable phobie (sentiment allant de la détestation à la haine accompagnée d'une attitude hostile et de rejet) dès qu’ils entendent de tels mots : religion, foi, messe, chrétien, catholique, musulman, crèche, Toussaint, Pâques, …

Une institutrice me disait récemment qu’elle ne devait plus employer le terme de Toussaint, ni celui de sapin de Noël (à remplacer par " arbre de lumière " !), ni même celui de fève qui fait référence aux rois Mages !

Ont-ils raison de militer ainsi ? Sont-ils en accord avec les Pères fondateurs de la laïcité en France ? Pour le savoir, le mieux est d’aller voir le texte de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat.

Article 1. La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

La loi non seulement n’interdit pas l’exercice des cultes, mais en plus elle en garantit le libre exercice !
Certes sous certaines conditions, mais la République ne manifeste pas une sainte horreur des cultes religieux !!

Article 2. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes.
Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.
Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l'article 3.

La séparation ne se fait pas par rejet et interdiction, mais seulement en coupant le soutien financier des cultes, quelle que soit la religion.

Il aurait pu en être autrement, mais cela est acceptable : en effet, les liens financiers peuvent dériver sous toute forme d’influence et de relations bien peu légales.

Mais, il faut noter trois éléments importants pour comprendre que l’Etat n’a aucune phobie religieuse :

-         si l’Etat a nationalisé les édifices religieux construits avant 1905 (et leurs mobiliers), il en a non seulement accordé la jouissance gratuite aux religions concernées mais, en plus, il en assure l’entretien du propriétaire ;
-         l’Etat accorde à toute association conforme à la lettre de la loi de 1901 des subventions ou avantages lorsqu’elles sont reconnues d’utilité publique, sans en exclure les associations de fidèles religieux ;
-         l’Etat supporte les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics !

Ce troisième point est fondamental pour comprendre l’ouverture d’esprit des Pères fondateurs de cette loi : lorsqu’il impose à une personne une contrainte de vie, l’Etat non seulement se charge de lui permettre de pratiquer son culte, mais plus encore il prend en charge certaines dépenses.

Prenons l’exemple des armées : fin 2010, il y avait 221 aumôniers dans les armées (141 catholiques, 33 protestants, 30 musulmans et 17 israélites). Ils ont un statut militaire et sont rémunérés sur le budget de la Défense. A bord des navires militaires selon leurs tailles, dans les régiments et les bases de l’armée de l’Air, il y a des chapelles et des messes y sont dites régulièrement.

L’Etat soutient la pratique de son culte dans certains édifices publics (casernes, hôpitaux, prisons, …) par toute personne qui est contrainte par son statut à résider dans cet édifice.

Article 27. Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d'un culte, sont réglées en conformité de l'article L2212-2 du code général des collectivités territoriales.
Les sonneries des cloches seront réglées par arrêté municipal, et, en cas de désaccord entre le maire et le président ou directeur de l'association cultuelle, par arrêté préfectoral.

Cet article montre que ceux qui veulent réduire l’expression de la foi au domaine privé sont en infraction avec la loi !

L’article 28 a été traité précédemment dans mon blog : il montre que les restrictions relatives aux signes et emblèmes religieux sont réelles mais ne couvrent pas le champ complet de l’espace public.

Une fois de plus, il n’est pas conforme à la loi d’interdire toute présence à connotation religieuse dans l’espace public. Sinon, il faudrait supprimer du Louvre probablement les deux tiers des œuvres qui y sont exposées, tant l’histoire de l’art est liée au religieux !

Il y a quelques autres articles qui peuvent éclairer certains points particuliers des rapports de l’Etat et des cultes (associations pour l’exercice des cultes, police des cultes).

Enfin, la plupart des articles que je n’ai pas mentionnés concernent les règles de transition nécessaires à la mise en œuvre de cette loi : ils ne sont évidemment plus d’actualité aujourd’hui.

On peut donc conclure que la laïcité des Pères fondateurs de cette loi a été mesurée dans son application, qu’elle ne porte aucun jugement moral sur le fait religieux, qu’elle le reconnaît et le prend en compte intelligemment et avec un esprit ouvert.

A l’inverse, certains se servent de cette loi pour éradiquer le fait religieux de notre société, pour lutter contre la présence de crèches dans l’espace publique, pour faire disparaître les termes religieux des agendas (on fête les « Maurice » et non plus la « Saint Maurice ». On supprime les références aux fêtes religieuses catholiques des agendas), etc. Ce faisant, ils coupent les Français de leurs racines historiques, à l’encontre des connaissances psychologiques qui affirment combien tout être vivant a besoin de ses racines pour se développer harmonieusement ! Pourquoi protéger les plantes et les animaux avec tant d’attention et se permettre d’éradiquer des pans entiers de la vie humaine ?

Cela me rappelle la volonté de Vincent Peillon « d’arracher l’élève à tous les déterminismes », dont le déterminisme familial ! Oserait-on faire cela au plus petit des animaux, à la plus petite des plantes ?


La laïcité a été érigée en France pour que l’on « rende à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu ». Telle est la loi de 1905. 

C’est en définitive une loi du vivre ensemble et non de la lutte fratricide, dont il faudrait réapprendre les termes et pratiquer l’esprit initial pour une vie paisible en société.

samedi 27 décembre 2014

Crèche et laïcité : un argumentaire.

Décembre 2014, le tribunal administratif de Nantes a jugé la présence d’une crèche de noël dans le Conseil général de Vendée - instaurée depuis plusieurs années - « incompatible avec la neutralité du service public ».

Mais que dit la loi de 1905 ? Il faut aller voir son article 28 pour trouver un élément de réponse : « Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions ». C’est tout !

Une lecture rapide semble confirmer la justesse du tribunal administratif. Mais, il est nécessaire d’en étudier tous les mots pour être certain de cette justesse.

La crèche est-elle un signe ?

Pour le Larousse, un signe est :

-         ce qui permet de connaître ou de reconnaître, de deviner ou de prévoir quelque chose (« Il n'y a aucun signe d'amélioration » ; « Quand les hirondelles volent bas, c'est signe de pluie »). Ce que n’est pas une crèche ;
-         un geste ou une mimique permettant de faire connaître une pensée ou de manifester un désir, un ordre (« Faire un signe de la tête »). Ce que n’est pas une crèche ;
-         une marque distinctive faite sur quelque chose (« Marquer d'un signe les arbres à abattre »). Ce que n’est pas une crèche ;
-         une représentation matérielle d'une chose, dessin, figure ou son ayant un caractère conventionnel (« Signes de ponctuation »). Ce que n’est pas une crèche ;
-         un phénomène extraordinaire, miracle, dans le domaine surnaturel, religieux. Ce que n’est pas une crèche.

A l’évidence, une crèche n’est pas un signe !

La crèche est-elle un emblème ?

Pour le Larousse, un emblème est :

-         un signe conventionnel à valeur symbolique, parfois accompagné d'une légende en forme de sentence. Ce que n’est pas une crèche ;
-         un être ou objet symbole d'une qualité, d'une chose abstraite (« La colombe est l'emblème de la paix »). Ce que n’est pas une crèche ;
-         un attribut destiné à représenter une autorité, une personne, une collectivité. Ou un insigne (« Les emblèmes de la royauté »). Ce que n’est pas une crèche.

A l’évidence, la crèche n’est pas un emblème !

A ce niveau d’étude de l’article 28, on voit d’ores et déjà que la crèche ne rentre pas dans les interdits de la loi de 1905.

La crèche est-elle « élevée » sur un monument public ou en quelque emplacement public que ce soit ?

Pour le Larousse, « élever » veut dire :

-         mettre, placer, porter quelque chose plus haut ; hisser, soulever (« Élever des blocs de pierre avec une machine »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche ;
-         de manière littéraire, tenir quelque chose dressé vers le haut (« Cyprès qui élèvent leurs cimes »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche ;
-         placer quelque chose verticalement par rapport au sol ; dresser, ériger (« Élever un mât de cocagne ») ;
-         bâtir, construire (« Élever un monument ») ;
-         de manière littéraire, fonder, établir (« Élever une théorie »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche ;
-         émettre une objection, un doute, une protestation, etc. Ce qui n’est pas le cas pour une crèche;
-         augmenter (de tant) une valeur, un niveau (« Les pluies ont élevé le niveau du fleuve de 50 centimètres »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche ;
-         porter à un rang supérieur dans un ordre social, moral ou intellectuel (« Elever quelqu'un à la dignité de professeur émérite ». « Élever le débat »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche.

Seuls les troisième et quatrième sens peuvent s’envisager pour une crèche.
Cependant, la crèche n’est pas placée verticalement par rapport au sol, mais elle prend une place bien plus horizontale que verticale.
Si on peut la considérer comme bâtie ou construite, c’est de manière extensive par rapport au sens premier de ces termes car elle n’est que montée avant d’être démontée !

Une crèche, à l’évidence, n’est pas « élevée ».

Quoiqu’il en soit, comme elle n’est ni un signe ni un symbole, rien n’interdirait de « l’élever » en un emplacement public.

La crèche est-elle « apposée » sur un monument public ou en quelque emplacement public que ce soit ?

Pour le Larousse, « apposer » veut dire :

-         appliquer quelque chose sur quelque chose (« Apposer une affiche sur un mur »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche ;
-         inscrire une signature, une marque, etc., sur un document (« Apposer un visa sur un passeport »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche.

Une crèche, à l’évidence, n’est pas « apposée » sur un monument public ou en quelque emplacement public que ce soit.

Une crèche ne devrait donc pas être interdite à l’intérieur d’un monument public ou dans un emplacement public.



mercredi 26 novembre 2014

La prononciation au service de l'oecuménisme !

Jusque là, entre catholiques, protestants et orthodoxes, on se jetait plutôt des œufs à la tête. C'est, probablement, de là que provient la prononciation usuelle de ce mot : eucuménisme, avec un "eu" comme dans "œuf" !

Mais aujourd'hui où nous prions et œuvrons pour que l’œcuménisme soit le signe d'un lien plus étroit entre religions, il serait bon que ce mot devienne le symbole de l'union entre catholiques et protestants et orthodoxes : en le prononçant écuménisme, comme le souhaite la linguistique. Alors cela nous aidera à faire un grand pas vers l'unité !

Consultez vos dictionnaires aux mots œcuménisme, Œdipe, œnologie, œsophage ... vous verrez que la phonétique indique que le "œ" doit se prononcer "é". L'explication se trouve naturellement dans les mots grecs dont ils sont issus et qui commencent par "oi" (oi) et que la tradition linguistique a toujours prononcé "é" : oikumenh (oecuménisme), Oidipos (Oedipe), oinologos (oenologie) et oisofagos (oesophage). Il en est d'ailleurs de même de la prononciation de foetus (lire fétus) bien que la raison étymologique soit différente.

Mais, allez-vous me dire, on prononce bien œuf, bœuf ... Oui, mais là l'étymologie est différente : l'ensemble "oeu" vient en effet du latin "ov" qui a toujours été prononcé "e". Ainsi, œuf vient de ovus et bœuf de bovem.


Alors, progressons vers l'unité des chrétiens en concordance phonétique !


NB : j'avais appris cela en cours de grec en 4ème ! Notre professeur de grec nous avait tous repris, nous demandant de prononcer Œdipe de cette manière : "édipe". Je n'ai jamais oublié cette leçon et je suis souvent retourné vers le Larousse pour vérifier qu'il en était toujours ainsi car, lorsque j'en fais la remarque, on me prend pour un illuminé (j'aimerais bien !).
On va me dire que trop de monde prononcent ces mots avec un "eu" et que ce serait chose impossible de renverser les usages. C'est étonnant car nous sommes à une époque où l'on fait tout ce que l'on peut pour sauvegarder des espèces en voie de disparition : on estime que cette protection de la nature est essentielle. Mais essentielle à quoi puisque tant d'espèces ont disparu après des catastrophes naturelles ?
Je serais heureux que l'on conserve les traces de notre vocabulaire et de sa prononciation : elles nous relient au passé, à nos racines, et cela a du sens de se conformer à une bonne raison (ici l'étymologie) plutôt qu'à une ignorance !

jeudi 4 septembre 2014

L’affaire « Eglise - Galilée » à l’éclairage de l’époque moderne (2/2)

3 – Alors, l’Eglise et Galilée ?

Tout le monde le sait : l’Eglise a condamné Galilée pour avoir affirmé que la Terre tournait autour du Soleil, et non l’inverse comme on le croyait à l’époque. Mais tout le monde ne sait pas comment cette affaire s’est passée exactement.

Tout d’abord, à cette époque, la plupart des grands penseurs croyaient au géocentrisme (le Soleil tourne autour de la Terre). Donc, l’Eglise n’a pas eu le monopole d’une difficulté à faire évoluer sa mentalité.

Néanmoins, quelques années plus tôt, c’était au pape Paul III que Nicolas Copernic avait dédié, vers 1540, son ouvrage le plus célèbre, "De la révolution des corps célestes", où il faisait un excellent exposé de l’héliocentrisme (la Terre tourne autour du Soleil). Et Johannes Keppler avait publié, dix ans avant Galilée, un ouvrage sur l’héliocentrisme, où il développait les thèses de Copernic. Donc, Galilée n’a pas été le découvreur de l’héliocentrisme et l’Eglise n’était pas figée unanimement dans une fausse croyance.

Galilée aurait pu, sans courir de trop grands risques, proposer l’héliocentrisme comme une théorie ou une méthode apte à expliquer de manière plus simple le mouvement des planètes. Ses difficultés surgirent dès lors qu’il cessa de le proposer comme une simple théorie scientifique et commença à le proclamer comme vérité, bien qu’à l’époque il n’en existait aucune preuve probante (il faut insister sur ce point particulier : Galilée n’a pas su prouver entièrement l’héliocentrisme).

Néanmoins, Galilée ne se serait pas attiré autant d’ennuis s’il s’était cantonné dans le domaine scientifique. La querelle est venue du fait qu’il avait transporté cette question dans celui de la théologie, proclamant que cette théorie était contraire à certains passages de la Bible. L’Eglise n’apprécia pas que Galilée se porte sur ce terrain qui n’était pas le sien, d’autant plus qu’en 1616, année du premier procès de Galilée, l’Eglise venait tout juste de sortir de l’épreuve de la Réforme, et que l’un des sujets de controverse avec les protestants concernait précisément l’interprétation individuelle de la Bible[1]. Les théologiens n’étaient donc pas disposés à prendre en compte la théorie héliocentrique fondée sur l’interprétation d’un laïc : l’époque ne s’y prêtait pas ! Pourtant Galilée s’est entêté à porter le débat sur le plan théologique. Il ne fait aucun doute que, s’il s’était cantonné au domaine purement scientifique, la question ne se serait pas enflammée au même point.

De plus, tout au long de cette affaire, Galilée a fait plusieurs erreurs de comportement qui ont renforcé la querelle. En voici deux exemples :
-   le pape Urbain VIII, qui apprécie Galilée, ne veut pas qu'il fasse figurer dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde des arguments trop peu convaincants notamment à propos de sa théorie sur les marées, conseil dont Galilée ne tiendra pas compte ;
-   Galilée, qui veut écraser ses adversaires, publie son dialogue en demandant l'imprimatur, c'est-à-dire l'approbation de l'Église. Il piège Mgr Riccardi, maître du Sacré Palais, qui avait la mission d'inspecter le dialogue. En effet, lors de l'inspection, Mgr Riccardi n'a connaissance que de la préface et de la conclusion dans lesquelles Galilée ne dévoile pas ses vraies intentions.

La condamnation de Galilée est immédiatement commuée par le Pape en résidence surveillée. Le scientifique n'est donc jamais allé en prison et continua même à percevoir les revenus de deux bénéfices ecclésiastiques que le souverain pontife lui avait octroyé. La deuxième sanction : la récitation des psaumes de la pénitence une fois par semaine pendant un an, sera effectuée par sa fille religieuse carmélite.
Comme le remarque le célèbre scientifique et philosophe, Alfred North Whitehead (1861 – 1947), à une époque où de nombreuses « sorcières » furent soumises à la torture et au bûcher par les protestants en Nouvelle-Angleterre, « la pire des choses qui pouvait arriver à des hommes de science comme Galilée, était de purger une peine honorable d’assignation à domicile assujettie d’un léger blâme ».

Le pape Benoît XIV autorisa les ouvrages sur l’héliocentrisme dans la première moitié du XVIIIème siècle.

L’Eglise a donc bien condamné Galilée à tort. Mais, la condamnation a été légère (assignation à domicile, dans un grand confort et de courte durée), et elle portait sur les conséquences théologiques que voulaient en tirer Galilée.

N’oublions pas enfin que l’Eglise a de très longue date été proche des scientifiques et qu’aujourd’hui encore elle a son propre observatoire astronomique au Vatican où y exercent des sommités scientifiques. Par exemple, le père du Bing bang est le chanoine catholique belge Georges Lemaître.



[1] Notons que beaucoup de protestants (dont Luther) rejetaient également l’héliocentrisme.

L’affaire « Eglise - Galilée » à l’éclairage de l’époque moderne (1/2)

Cette question n’est pas d’actualité médiatique. Je l’aborde parce que, à la suite de plusieurs lectures d’aujourd’hui, je la trouve éclairée de manière différente de la version officielle et largement répandue. Pour ceux qui se disent catholiques, cela pourrait leur permettre d’avoir moins de complexes sur cette question. Pour les autres, cela pourrait leur permettre d’atténuer leur vision négative de l’Eglise !


1/ Puisé dans « E=mc², la biographie de la plus célèbre équation du monde »[1]

Vers la fin du XVIIème siècle, se posait une question scientifique : pourquoi Io, lune de Jupiter censée orbiter autour de sa planète en 42,5 heures, ne respectait pas sagement son horaire ? Beaucoup pensaient que Io était mal équilibrée et qu’elle oscillait sur son orbite. D’autres se demandaient si des nuages ou d’autres perturbations autour de Jupiter pouvaient fausser les observations.
Römer, jeune scientifique danois, se demandait, lui, si cela ne venait pas du fait que la lumière mette du temps à nous parvenir de la lointaine Jupiter. Mais c’était une idée insensée pour cette époque où l’on croyait que la vitesse de la lumière était infinie.
Pour vérifier son hypothèse, il proposa une expérience ayant pour but de prouver que Io, après avoir été masquée par sa planète, ne réapparaîtrait le 9 novembre 1676 qu’à 17h37 exactement, et non 17h27 selon l’hypothèse d’une vitesse infinie de la lumière. Io réapparut à 17h37mn49s !!

Et pourtant, les astronomes européens se refusèrent à admettre que la lumière voyageait à une vitesse finie. Ce n’est que 50 ans plus tard que de nouvelles expériences convainquirent les astronomes que Römer avait eu raison.

2/ Puisé dans « Les indices pensables »[2].

Pasteur a mis fin à la croyance en la génération spontanée en 1861, mais cela n’a pas empêché Darwin de continuer à y croire, comme il l’écrivait à son ami Joseph Hooker en 1871, à peine 10 ans après la démonstration de Pasteur : « La vie est apparue dans un petit étang chaud, dans lequel il y avait un riche bouillon de produits chimiques organiques, à partir desquels s'est formé le premier organisme primitif à la suite d'une longue période d'incubation durant les temps géologiques ».

Plus fort encore : beaucoup de scientifiques continuent à dire que la vie est née de la matière inerte par génération spontanée. Pour cela, disent-ils, il faut 5 conditions : de l’eau, de l’oxygène, de la lumière, une bonne température et une bonne pression. Or, nous savons aujourd’hui que ces conditions sont nécessaires mais pas suffisantes.

En effet, la vie a un code génétique que n’a pas la matière, code constitué d’un alphabet comprenant 4 lettres (quatre molécules). Mais il faut aussi un second langage pour que puisse apparaître la vie, celui de protéines composé de 20 acides aminés qui en sont les mots. Enfin, ces deux langages ne peuvent communiquer entre eux : il leur faut un traducteur qui leur permet d’agir de concert. Ce traducteur a été découvert il y a dix ans : ainsi dans chacune de nos cellules, les instructions de l’ADN sont-elles traduites dans le langage de protéines pour que, sur les chaînes de montage (les ribosomes), soient construites les protéines dont j’ai besoin pour vivre.

On pourrait suspecter cette présentation sous forme de langages et d’alphabets d’être un artifice destiné à influencer le lecteur. Mais, vous pouvez vérifier vous-mêmes cela car le prix Nobel de chimie a été décerné en octobre 2009 à trois chercheurs qui ont travaillé sur ce sujet dont l’intitulé est vérifiable sur internet : « Comment fonctionne le traducteur entre les deux langages, celui de l’ADN et celui des protéines ? »

Or, pour inventer et mettre en place un système intelligent (ce que sont ces alphabets), l’expérience nous enseigne qu’il faut de l’intelligence, ce que n’a pas la matière.
Ainsi la découverte de ce système génial relance le vieux débat entre Aristote et Démocrite : « Les atomes sont-ils capables de s’organiser tous seuls, sans aucune instruction intelligente, pour créer des tulipes, des hamsters, des êtres humains ? ». Autrement dit, plus les progrès des sciences avancent, plus  les conditions nécessaires à l’apparition de la vie se révèlent exiger de l’intelligence et même du génie.

Mais ces découvertes continuent à être passées sous silence par de nombreux scientifiques : on continue toujours à enseigner que la vie est née quelque part de la matière inanimée. On laisse entendre que toute trace d’eau sur Mars, ou sur toute autre astre, serait une preuve que la vie y a peut-être existé. Moi-même, j’ai assisté à une conférence d’un scientifique il y a un an qui démontrait qu’il avait pu mettre en évidence l’apparition de la vie quelque part sur Terre, à partir d’un bouillonnement particulier de matière au fond des océans. 150 ans après Pasteur !

Ces deux exemples, parmi beaucoup d’autres, montrent qu’il n’y a pas que l’Eglise qui puisse ne pas croire à une vérité scientifique, puisque même des scientifiques ont des blocages intellectuels !



[1] David Bodanis, Ed. Plon
[2] Brunor, Ed. Jubilé.

samedi 23 août 2014

Cartable rose, cartable bleu : le "genre", ça suffit !

1/ Le « gender » vit encore et continue son combat !
La secrétaire d’État à la Famille, Laurence Rossignol, n’a pas pu se retenir au vu des couleurs des cartables proposés aux élèves dans les grandes surfaces et a twitté : « Le concept du cartable pour fille ou pour garçon. Bien rose, bien nunuche pour les filles. Y a encore du taf… ».

Au secours ! Le « gender » revient en force, alors qu’on nous fait croire que « l’ABCD de l’égalité » ne sera pas enseigné à l’école : mensonge très probable, ou pour le moins vérité masquée.

2/ Le « genre », une idéologie, non une science.
La notion de " genre " n'est pas scientifique. En effet, la science part de la réalité, du vivant : elle l’observe puis en déduit des lois ou des systèmes de compréhension de l’univers. L’idéologie du genre fait le chemin inverse : elle part d’une idée, puis y fait entrer la réalité, en la forçant si nécessaire. Or, l’homme est capable de concevoir n’importe quelle idée, aussi aberrante soit-elle (comme celle du « genre »).
Pour synthétiser, l’idéologie du genre dit « Je pense, donc je sais », la science dit « J’observe, donc je comprends » : la science recherche la vérité à partir du réel et n’essaie pas d’en construire une de manière intellectuelle.

3/ Egalité homme / femme 
Il n’y a aucun doute sur l’égalité de l’homme et de la femme : ils sont vraiment égaux par nature. Encore, faut-il savoir pourquoi ils sont égaux et de quelle égalité il s’agit.

Ils sont égaux parce qu’ils sont de la même nature humaine : chaque enfant, garçon ou fille, est né de deux parents – père et mère – sans distinction dans leur conception. Ceci suffit à affirmer qu’ils sont égaux, mais c’est insuffisant pour déterminer en quoi ils sont égaux car ils sont, de fait, différents.

Le christianisme dit la même chose : « l’homme et la femme sont égaux ». Mais il ajoute l’explication suivante : ils sont égaux car Dieu les fit « homme et femme à son image ». Leur égalité est d’être tous les deux « image de Dieu » : leur égalité est celle d’une égale dignité car être « à l’image de Dieu » ou être « enfant de Dieu » est bien une dignité, suprême qui plus est. Mais, le christianisme reconnaît qu’ils sont différents et ne cherche pas, par idéologie, à gommer ces différences.
Leur égalité, qui a pour source leur dignité d’êtres humains, est vraie pour tout ce qui touche à leur nature profonde : en cela, ils méritent un même respect. Donc, toute égalité qui relève de ce même respect est complètement justifiée : par exemple, même droit de vote ou même salaire pour un même travail.

Mais, chaque fois qu’il y a une différence due à leur nature, l’égalité stricte - quasi mathématique – n’est plus justifiée. Il est alors nécessaire de tenir compte des grands traits de caractères qui les différencient, sans imposer une obligation d’identité strictement égale.
Par exemple, le caractère de la femme est par nature plus porté à la douceur et à la tendresse, celui de l’homme à la réserve et à la rudesse, voire à la combativité : vouloir forcer les hommes à adopter des comportements féminins les blessera inéluctablement, même s’il est bon d’apprendre aux hommes à mieux exprimer leurs sentiments ou à plus communiquer. Vouloir forcer les garçons et les filles à avoir des cartables de la couleur qui ne leur convient pas est un début de tyrannie : qu’est-ce que cela peut faire que les garçons préfèrent le bleu au rose ! Qu’est-ce que cela peut faire que les garçons préfèrent les voitures aux poupées !
Observer que les garçons en cours de récréation utilisent toute la cours pour leurs jeux dynamiques et que les filles restent plutôt sagement en un lieu à parler ou à jouer à des jeux calmes ne doit pas conduire à imposer aux garçons d’alterner les jeux et les surfaces de jeux avec les filles, contrairement à leurs besoins physiologiques naturels : le faire est une véritable tyrannie.

4/ De « l’égalité-bonne idée » à l’ineptie, puis à la tyrannie
L’égalité promue par les tenants du « genre », lorsqu’elle dépasse les questions de respect des personnes, aboutit à des inepties (faire jouer des filles à des jeux qui ne les attirent pas) qui, répétées, deviennent des tyrannies.


Un homme – heureux d’être un homme – avec une épouse – heureuse d’être une femme – qui vivent heureux dans leurs complémentarités et leurs différences : entre eux, ils ne recherchent pas l’égalité mais l’accomplissement de l’autre dans ce qu’il est. Cela n’empêche pas chacun de prendre sa part aux tâches de la vie familiale sans pour autant rechercher une égalité stricte qui ne rendrait plus compte de la nature propre de chacun et qui conduirait à remplacer, dans ce partage des tâches, l’amour par la comptabilité.