dimanche 9 août 2015

Le pape, combien de divisions ? Mais non, combien de réconciliations !

Le Vatican a la représentation diplomatique la plus importante du monde, par des relations bilatérales avec 180 Etats. Seuls 15 Etats n’ont pas de relations diplomatiques avec le Vatican : Afghanistan, Arabie saoudite, Bhoutan, Brunei, Chine, Comores, Corée du Nord, Laos, Maldives, Mauritanie, Myanmar (Birmanie), Oman, Somalie, Tuvalu et Vietnam.

On peut se demander si, en dehors des affaires religieuses, cette puissance diplomatique a des impacts sur les affaires du monde. La réponse est positive, d’autant plus qu’elle a eu récemment des succès dans des situations internationales bloquées depuis des décennies ou, plus impressionnant encore, dans la chute de l’empire soviétique.

Le pape François et la guerilla des FARC (août 2015)

La guerilla des Farc a exprimé, le 2 août 2015, le « souhait » de rencontrer le pape François lors de sa visite prévue en septembre à Cuba, où des représentants de cette guérilla marxiste mènent des pourparlers de paix avec le gouvernement colombien depuis 2012. « Nous aimerions le faire, ce serait extraordinaire », s'est enthousiasmé le numéro 2 de la guérilla, Ivan Marquez, devant la presse à La Havane. « Nous pouvons imaginer l'impact qu'aurait un appui du pape François à l'effort collectif que fournissent tous les Colombiens pour enfin parvenir à une réconciliation après des décennies de confrontation », a-t-il ajouté.

Lors d'une tournée en Amérique du Sud plus tôt en juillet, le souverain pontife avait exprimé le voeu que le processus actuellement en cours « ne s'arrête pas », à un moment où les négociations traversaient une phase délicate après la reprise des actes de violences en avril. « Nous sommes toujours disposés à apporter notre aide, de quelque manière que ce soit. Il serait dommage que le processus de paix n'avance pas », avait-il déclaré.

Les Farc ont déclaré le 20 juillet un cessez-le-feu unilatéral, auquel le gouvernement a répondu en suspendant les bombardements des camps de la guérilla.
Le conflit armé en Colombie a fait officiellement en un demi-siècle quelque 220 000 morts et provoqué le déplacement de six millions de personnes.

Le pape François, la Bolivie et le Chili  (juillet 2015)

Depuis 1978, en raison d’un différend frontalier concernant un accès à la mer, les relations diplomatiques de la Bolivie avec le Chili sont suspendues. Or, en juillet de cette année, le Chili et la Bolivie se sont dits prêts à accepter le rétablissement de leurs relations. Le président bolivien, Evo Morales, a alors proposé à la présidente chilienne Michelle Bachelet de l’accompagner au Vatican, pour mettre en place la médiation du pape.

Pendant son voyage en Bolivie, du 8 au 10 juillet, le pape François avait abordé ce thème « de l’accès à la mer », en soulignant que le « dialogue est aujourd’hui indispensable ». Cette déclaration avait pris de court le gouvernement chilien qui comptait sur la neutralité du Saint-Siège en la matière.
Le président bolivien Evo Morales a déclaré : « Nous sommes d’accord pour rétablir les relations diplomatiques avec le Chili, pour qu’en moins de cinq ans nous résolvions le problème d’accès à la mer pour la Bolivie, une sortie souveraine sur l’océan Pacifique, avec un garant, le pape François ».

Le pape saint Jean-Paul II (à partir de 1996), le pape François et Cuba (mai 2015)

Le dimanche 10 mai 2015, le président cubain Raul Castro se trouvait au Vatican pour y rencontrer le pape François et le remercier de ses bons offices, qui ont permis le rapprochement historique en cours entre Cuba et les États-Unis.
Le Vatican et le pape François ont effet joué un rôle important dans le rétablissement des relations diplomatiques entre La Havane et Washington en décembre 2014, après plus de cinquante ans de tensions.
Le Vatican avait révélé une médiation personnelle du souverain pontife, qui avait écrit aux deux chefs d'État. Les délégations des deux pays avaient également été reçues au Saint-Siège en octobre. Déjà, en 1998, Jorge Bergoglio s’était intéressé personnellement à la question cubaine, écrivant un essai intitulé "Dialogue entre Jean Paul II et Fidel Castro". Il était alors cardinal de Buenos Aires.

Après cette rencontre, Raul Castro s'est déclaré « très frappé », saluant « la modestie et la sagesse » du Pape et assurant qu'il « se rendrait à toutes ses messes quand il visiterait Cuba ». « Je lis tous les discours du Saint-Père et [....] si le pape continue à parler ainsi, un jour je recommencerai à prier et retournerai à l'Église catholique. Et je ne le dis pas pour plaisanter ».

En 1996, Fidel Castro s’était rendu au Vatican pour rencontrer Jean Paul II. Un rapprochement est amorcé et l'Église commence à s'imposer comme interlocuteur du régime communiste à partir de la visite de Jean-Paul II en janvier 1998.
La médiation entre Cuba et l'administration américaine a été un grand succès pour la diplomatie discrète du Saint-Siège. Elle a eu un fort impact sur le continent latino-américain,

Le pape saint Jean-Paul II et la chute de l’URSS

Une grande partie de la vie de celui qui a été le premier pape polonais s’est déroulée sous le joug ou face à la puissance communiste de l’URSS. A la fois combatif et plein d’amour, le futur Jean-Paul II gagne plusieurs batailles face au pouvoir, tout en gagnant aussi l’estime de plusieurs de ses adversaires. Sa règle d’or restera toujours la suivante : il veille à ne jamais humilier ses adversaires du système communiste, en leur laissant toujours la possibilité d’une issue honorable en cas de conflit. Et c’est là qu’intervient la logique efficace du pardon et de la réconciliation, si efficace pour éviter le piège de la haine vindicative.
Devenu archevêque de Cracovie, en union étroite avec la population catholique, il obtient à l’arraché la construction de la grande église de Nova Huta, dans la banlieue ouvrière de Cracovie, que les dirigeants marxistes avaient conçu et prévu comme une cité sans Dieu. Il y a fallu un long bras de fer de plusieurs années, mais sans aucune violence. C’est un combat spirituel.
En 1976, le futur Pape apporte son soutien personnel à la création du KOR, le Comité de défense des ouvriers lancé par des précurseurs laïcs du futur syndicat « Solidarité », alors jetés en prison, Adam Michnik et Jacek Kuron, anciens communistes en rupture avec le régime. Il va ainsi sceller une alliance libératrice entre l’Église de Pologne et des intellectuels laïcs issus du marxisme.
Vis-à-vis du Bloc de l’Est, Jean-Paul II a procédé le plus possible par une action apostolique directe : une pastorale de la liberté religieuse et des droits de l’homme qui en découlent nécessairement. Il a agi de plusieurs façons :
-                     soit par un contact direct avec les foules (comme dans sa Pologne natale en juin 1979 à Varsovie, juin 1983 à Cracovie et juin 1987 à Gdansk) ou par le biais de nombreux peuples occidentaux,
-                     soit par l’intermédiaire de Radio-Vatican (par exemple en direction de pèlerins tchèques et slovaques rassemblés en 1984 au sanctuaire marial populaire de Levoca, provoquant à la fois la fureur et la perplexité de la police communiste locale qui perquisitionnera ensuite, cherchant en vain des cassettes d’enregistrement là où il n’y avait qu’un poste de radio…),
-                     soit au niveau des épiscopats et clergés locaux des Églises de l’Est, sœurs de l’Église de Pologne (par exemple en redonnant courage au vieux cardinal Frantisek Tomasek, ancien prisonnier de conscience, à Prague dans les années 80 malgré des pressions policières très dures…)

Saint Jean-Paul II va globalement soutenir le clergé et les fidèles résistants contre tel élément négatif d’une hiérarchie bâillonnée, comme dans la Hongrie décapitée par la neutralisation puis la disparition de l’héroïque Cardinal Mindszenty, arrêté, torturé et victime d’un procès stalinien dès 1949.

Saint Jean-Paul II soutient le mouvement Solidarnosc, dès ses débuts, à mots à peine couverts. Face aux menaces d'intervention des forces du pacte de Varsovie, il s'adresse à Leonid Brejnev pour défendre la souveraineté de la Pologne. En janvier 1981, il reçoit chaleureusement Lech Walesa au Vatican. La résistance du pays, encadrée par l'Église et soutenue par le pape, ainsi que l'effondrement de l'économie polonaise ont ainsi fait échouer, pour la première fois à l'Est, une entreprise de normalisation communiste. Le 1er décembre 1989, celui qui est encore à la tête de l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev, est reçu au Vatican, et l'Union soviétique disparaît dans la tourmente de la fin de l'année 1991.

Tout le monde connaît la fameuse interpellation de Staline : « Le pape, combien de divisions ? ».

Staline avait « tout faux » ! La question à poser est la suivante : « Le pape, combien de réconciliations ! ».

Oui, la diplomatie du Vatican connaît des succès étonnants car le pape est certainement la seule personnalité au monde qui fonde son action sur une culture de paix et de rapprochement des peuples, et parce que l’Eglise est « universelle », présente partout (parfois de manière cachée comme en Chine) et oeuvrant pour le bien commun de l’humanité.
En effet, seule la recherche du bien commun peut satisfaire les différents protagonistes sans conflit alors que, trop souvent, les chefs d’Etat sont mus par des intérêts nationaux, personnels, ou autres. Or, on le sait, tout intérêt en vient à un moment ou à un autre à s’opposer à d’autres intérêts et donc est générateur de conflit.




vendredi 10 juillet 2015

A quand le redressement militaire de l’Union européenne ?

L’actualité brûlante tourne autour de Daech. Mais cette organisation terroriste et barbare ne doit pas nous faire perdre de vue d’autres sujets qui seront  certainement plus importants d’ici quelques années : le principal d’entre eux, du point de vue de la nécessité des forces armées, est le réveil de la Chine.

1/ Il y a de nombreuses raisons pour que Daech ne vainque pas et n’arrive pas à son but

Au Proche-Orient, nous sommes bien en guerre contre Daech. Les actualités et la manière dont les médias les relatent laissent penser que Daech semble invincible.

Certes, les territoires conquis par Daech sont vastes, ce qui impressionne beaucoup. Il faut, cependant, noter que ce sont surtout des déserts et quelques villes. Les armées nationales n’y étaient certainement pas très bien implantées, la valeur de ces territoires n’étant que médiocre.

La stratégie de Daech est intelligente : ils ont élaboré des méthodes évolutives en fonction des terrains et des situations, ils savent faire preuve d’un grand pragmatisme et de beaucoup d’audaces. Mais, les oppositions à Daech sont nombreuses : régime de Bachar El Assad, coalition internationale, Kurdes, chiites d’Iran ou du Hezbollah.
Certes, ces forces sont dispersées, voire opposées les unes aux autres. Mais elles existent et ont des capacités importantes.
Les médias parlent beaucoup de l’inefficacité de la coalition internationale qui ne conduit que des attaques aériennes. La limite de telles attaques est, en effet, bien connue : il faut être sur le terrain pour s’opposer à un ennemi. Mais ces attaques aériennes portent des coups de boutoir réels à Daech, désorganisent par moment cette organisation et détruisent une partie de ses capacités militaires.
Le temps qui passe permet aux autres acteurs de s’organiser (telle la force militaire irakienne) et d’apprendre à s’opposer à ce genre d’ennemi nouveau : les prises de terrain par Daech ne sont pas irréversibles.
Ainsi, la coalition s’est déchaînée le samedi 4 juillet sur la ville de Raqa, dont Daech a fait sa capitale en Syrie, effectuant 18 frappes. Le but de ces frappes était de limiter la liberté de mouvement du groupe djihadiste en visant les corridors utilisés par Daech pour projeter ses combattants et du matériel militaire. Ces frappes aériennes ont détruit des infrastructures vitales contrôlées par Daech et d’importantes routes de transit en Syrie, selon le communiqué de la « Combined Joint Task Force - opération Inherent Resolve[1] » (CJTF-OIR). En tout, 16 ponts ont été détruits.
Cette pression a amené jusqu’ici le groupe djihadiste à céder plus de 5000 kilomètres carrés de territoire au cours des deux derniers mois. Les frappes aériennes visent également les installations pétrolières et gazières qui financent Daech.
Aujourd’hui, avec les Kurdes plus au nord qui ont repris Tal Abyad en Syrie, les groupes rebelles rivaux, dont le Front Al-Nosra, qui accumulent les succès et la coalition qui pilonne ses positions, le groupe armé Daech ne paraît plus invincible, même si la lutte sera encore longue.

L’impression inverse que nos sociétés en ont vient du fait que Daech sait alimenter magistralement les médias modernes : son message vient amplifier son action, dans le sens qui lui est favorable. Notre faiblesse est de nous laisser impressionner par ces messages et d’en donner un retentissement planétaire.

2/ Les attentats, une marque de faiblesse et non de force

Daech multiplie les attentats spectaculaires. Ces attentats ont une audience internationale très grande, particulièrement en France. Pourtant, les attentats sont l’arme des faibles : là où Daech commet des attentats, c’est qu’il ne peut porter de véritables attaques guerrières.

Il faut comprendre la chose suivante : nulle organisation défensive ne pourra s’opposer à toute tentative d’attentat. Le terroriste qui veut commettre un attentat va toujours choisir son lieu et son heure. Certes, certains attentats ont une valeur émotionnelle particulière (attentats contre des journalistes, contre un supermarché juif, contre des églises, …). Certes, il est évident que la protection va se porter sur des lieux symboliques où des foules affluent : la Tour Eiffel, les gares SNCF, les musées, des écoles, … Mais, n’importe quel supermarché à 18h, dans n’importe quel village, pourrait être une cible intéressante pour des terroristes et le retentissement d’un tel attentat devrait être tout aussi grand.

Notre faiblesse est double. Celle d’exiger qu’aucun attentat ne puisse être perpétré, alors que cela est impossible : nous devons accepter l’éventualité d’autres attentats sur notre sol. Celle de manifester bruyamment et médiatiquement notre « union sacrée » lorsqu’un attentat a eu lieu : il me semble que ces manifestations purement verbales et gestuelles doivent enchanter les terroristes qui y voient certainement une faiblesse psychologique de notre nation.
Je pense toujours à cette très belle déclaration de Winston Churchill : « J'aimerais dire à la Chambre, comme je l'ai dit à ceux qui ont rejoint ce gouvernement : je n'ai à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. Vous me demandez, quelle est notre politique ? Je vous dirais : c'est faire la guerre sur mer, sur terre et dans les airs, de toute notre puissance et de toutes les forces que Dieu pourra nous donner. »
Lors d’un attentat terroriste, nous devrions rester calmes et discrets, ne pas manifester d’émotion publique et montrer ainsi que nous sommes vraiment un peuple au mental très fort, un peuple qui s’en remet à son gouvernement pour réagir. Le gouvernement devrait expliquer son plan d’action, et ne pas s’en tenir à des déclarations inutiles telles que : « Ces actes barbares et ignobles », « Rester calmes et ne pas faire d’amalgame », …

Parler de « guerre » sur notre territoire n’est pas cohérent. Sommes-nous vraiment en guerre chez nous lorsque nous vaquons quotidiennement à nos occupations de manière habituelle et sans prendre des mesures de temps de guerre ? Sortons-nous avec des gilets pare-balles, des engins blindés, armés jusqu’aux dents ?
Non, nous ne sommes pas en guerre. Il y a seulement des terroristes potentiels dont l’action est à traiter par des services de renseignements et de police. Eux doivent faire et font leur métier.

3/ Le réveil de la Chine

La Chine est un pays gouverné de manière dictatoriale, ce qui donne à ses gouvernants une capacité à suivre une politique dans la durée (ils ne sont pas à la merci d’une élection ou d’un mouvement populaire) et selon une stratégie, elle aussi inscrite dans la durée, qui se joue des institutions internationales.

Actuellement, la Chine mène depuis des années des actions de vive force[2] visant à faire de la mer de Chine du sud un espace de souveraineté nationale alors que plusieurs parties de cette mer sont des eaux territoriales ou des zones économiques exclusives (ZEE) d’autres Etats (Vietnam, Philippines, Malaisie, …) et qu’une autre partie est une zone de haute mer à statut international. Les ambitions de la Chine sont matérialisées sur les cartes par le « tracé en 10 traits » encore appelé, compte tenu de sa forme, « le tracé de la langue de buffle ».

La visée réelle est à plus long terme et bien plus dangereuse militairement : permettre le déploiement de ses sous-marins nucléaires lance-engins dans la Pacifique comme menace stratégique des USA et du reste du monde.

Simultanément, la Chine déploie sa stratégie dite du « collier de perles » consistant dans le rachat ou la location pour une durée limitée d'installations portuaires et aériennes échelonnées jusqu'au Soudan pour garantir la sécurité de ses voies d'approvisionnement maritimes, ainsi que sa liberté d'action commerciale et militaire. Elle a aussi pour but d'encercler  l’Inde par des ports au Sri Lanka, au Pakistan, en Birmanie et au Bangladesh.

Face à cette puissance réelle dont parlent si peu nos médias toujours fascinés par le court terme et par le sensationnel, la seule puissance capable de s’opposer à la Chine est les USA. Dans 10 ans ou 20 ans, la puissance militaire chinoise s’imposera au reste du monde.

Simultanément, l’Union européenne sera devenue un nain militaire alors qu’elle sera encore probablement l’une des cinq plus grandes puissances économiques de la planète.

4/ A quand le redressement militaire de l’Union européenne ?

Lors de la chute de l’URSS, en 1991, les nations européennes ont cru qu’elles étaient dorénavant à l’abri de toute guerre, de toute attaque. Elles ont alors décidé de « profiter des dividendes de la paix » en réduisant de manière très importante leurs budgets de défense.

Aujourd’hui, l’Union européenne est déja un nain militaire. La France seule a des capacités militaires réelles, mais très réduites[3].

Or, nul européen ne peut croire aujourd’hui à cet espace de paix éternel ! Les guerres s’enchaînent à nos portes, la Chine se déploie de manière continue et puissante. La paix au niveau mondial n’est pas pour demain, ni pour après-demain. Il appartient donc aux nations de prendre les mesures de défense qui leurs seront un jour nécessaire.

Toutes les nations européennes doivent redresser leur effort de défense au moins à hauteur de 2% de leurs PIB. Il faut prendre conscience que les budgets militaires de très nombreuses nations sont en progression très nette de plusieurs pourcents annuels, alors que ceux des Etats de l’Union européenne décroissent ou, au mieux, stagnent.
Qu’on ne s’y trompe pas, le but du redressement militaire de l’Union européenne n’est pas d’être un élément générateur de conflits dans le monde. Il doit d’abord permettre à l’Union européenne de se protéger par elle-même et de cesser de remettre cette protection entre les mains des USA (que l’on sait si facilement vilipender par ailleurs !). Il doit ensuite être capable de favoriser la pacification du monde ou de limiter les conflits : il faudra bien, face aux puissances militaires de demain, pouvoir faire valoir notre vision du monde.

Récemment, un attentat terroriste a conduit le président de la République à réduire la diminution des effectifs et du budget de la Défense. C’est un pas minuscule, bien qu’exceptionnel puisque cela fait des décennies que l’on n’a connu que des évolutions inverses.

Mais, il faut aller plus loin : il faut augmenter les effectifs des forces armées et leurs capacités militaires. Il s’agira d’un acte politique de clairvoyance qui demande du courage … mais tous les hommes politiques ne cessent, dans leurs déclarations, de nous dire qu’ils sont courageux : qu’ils le montrent !








[1] Force tactique combinée (terre – air – mer) multinationale – Opération « Volonté inébranlable locale (avec les pays locaux) » (traduction personnelle).
[2] Contrôles maritimes assurés par des navires militaires, déroutements d’avions volant au dessus de ces zones, manœuvres maritimes d’intimidation, construction d’une stèle chinoise par 22 m de profondeur sur un haut fond ne dépendant pas de ses eaux, harcèlements des compagnies pétrolières en mer de Chine du sud, ..
[3] Voir mon article du mois de juin 2014.

lundi 20 avril 2015

Faut-il que l'Education nationale joue " Les précieuses ridicules " ?

Nouveau ministre de l’Education nationale, nouvelle réforme. C’est habituel. C’est légitime …

Certes, je n’ai pas réussi à trouver le projet de texte de Najat Vallaud-Belkacem, mais le Figaro indique qu’il fait la part belle à un jargon « pédagogiste » ravivé.

Dans mon livre « Un peu de bon sens à l’école », j’ai déjà dénoncé ce pédagogisme inspiré par Jean-Jacques Rousseau et par les travaux de psychologues et de comportementalistes américains. Ces pédagogues dits « progressistes » sont partis du principe que la transmission des connaissances par le professeur n'était que la reproduction de schémas archaïques qui enfermaient l'élève. Celui-ci devait être « créateur de son savoir », et le pédagogue un « accompagnateur ». Tous, nous connaissons l’échec actuel de l’école en France.

Voici quelques exemples de ce jargon :
-         on ne parle pas d’apprendre à nager mais d’ « apprendre à se déplacer de façon autonome dans un milieu aquatique, profond et standardisé »,
-         on n’apprendra plus à courir mais à « créer de la vitesse ».

Alain Dag’Naud, agrégé d’histoire et auteurs de nombreux ouvrages, interrogé sur A2 le 22 janvier 2015, a relevé « quelques trucs sortis des programmes scolaires » :
-         pour la 6e, l’objectif, c’est de poser une question : « Quelle dévolution du pouvoir dans sa réalité et dans son discours ». Moi, je veux bien : pour des élèves de 6e, faut le faire !
-         pour la 2de : « Il faut mettre en œuvre une approche synthétique, conceptuelle et problématisée ». Comprenne qui pourra !
-         en 1: « Mettre l’accent sur la dimension heuristique des objets historiques ». Je ne sais pas de quoi il est question !

Ces terminologies pompeuses, voire absconses, nous montrent où mène l’expertise des experts patentés de l’Education nationale. Quand on a leur niveau d’expertise, il n’est pas envisageable de dire des choses simples et de bon sens, avec des mots communs.  Il faut, à l’évidence, qu’ils inventent de nouvelles idées, de nouveaux concepts pour conserver leur titre d’expert, quand bien même ces idées et ces concepts sont stupides ou manquent de bon sens.

Ce jargon ne peut être qu’une source d’inquiétude pour qui souhaite que l’Education nationale redevienne efficace et réponde à sa mission fondamentale d’instruire les élèves. Ce jargon ne peut que produire des méthodes pédagogiques désastreuses.

Il est étonnant qu’un ministre accepte encore cela, alors même que les enquêtes Pisa, depuis de nombreuses années, montrent le recul de la France en matière de scolarité.

Madame le ministre, UN PEU DE BON SENS A L’EDUCATION NATIONALE, s’il vous plaît !!!

Sinon, Molière va se retourner dans sa tombe en s'écriant : " A quoi ça sert que j'ai écrit Les précieuses ridicules ? " 





jeudi 2 avril 2015

4 écueils du projet de loi Santé de Marisol Touraine

Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, vient de présenter un projet de  loi de modernisation du système de santé.
 
La Conférence des Evêques de France (CEF) attire l’attention du législateur sur plusieurs mesures proposées qui représentent une menace pour la juste compréhension de la personne humaine. Ce communiqué touche quatre points : avortement, don d'organes, "salles de shoot" et contraception des mineurs.
 
Comme il est probable que l’audience médiatique de ce texte ne soit pas très grande, je reprends ci-dessous l’essentiel des arguments de la CEF. En effet, ils peuvent nous aider à mieux réfléchir à ces questions complexes alors que les appréciations de chacun se font de plus en plus sous le coup de l’émotion et du sentiment. Et comme chacun sait, souvent, le senti … ment ! 
La suppression du délai de réflexion avant une IVG 

Pour bien des actes de la vie courante, des délais de réflexion sont préservés pour garantir une réelle liberté de choix. Supprimer le délai de réflexion pour les femmes voulant avorter revient à empêcher une réelle liberté de prise de conscience et de choix face à la vie qu’elles portent.

La suppression du délai de réflexion avant une IVG renforce une conception réduite de la dignité humaine faisant de l’enfant à naître un simple objet dont on doit disposer librement et retirant à la femme enceinte les moyens d’exercice de sa réelle liberté de conscience.

Nota personnel : il est étonnant que ce projet qui supprime un délai de réflexion se soit fondé sur une très longue période de réflexion (« Je l’ai construit dans la concertation avec les usagers et les professionnels. Deux cents débats régionaux, des échanges directs avec tous les acteurs concernés, un travail qui s’est poursuivi avec la présidente de la CAS, les cinq rapporteurs de ce texte, dont je veux saluer la mobilisation et l’engagement ces derniers mois, et de nombreux députés »). La réflexion, ça sert bien à quelque chose, non ?

L’autorisation de prélèvement d’organes 

Depuis 1994, en l’absence d’inscription d’un refus de prélèvements d’organes sur un registre national, la famille d’une personne décédée doit être interrogée par les médecins afin d’exercer le discernement nécessaire pour décider d’éventuels prélèvements. L’amendement adopté en commission des affaires sociales constitue un retour en arrière, car il considère que seule l’inscription sur le registre national qui recense les refus de don d’organe peut empêcher le prélèvement.
Cet amendement est donc une pure négation de cette ultime liberté qu’il faut laisser au défunt et à sa famille. « En réalité, n’est-ce pas plutôt considérer le corps humain après la mort comme une réserve d’organes exploitable en fonction des besoins de la société… N’est-ce donc pas une forme d’appropriation collective des corps ? » s’interroge le Père Patrick Verspieren.

Expérimentation des salles de consommation à moindre risque

La loi Santé propose aussi l’expérimentation pendant six ans des salles de consommation à moindre risque, les « salles de shoot ».
La CEF considère cette expérimentation comme une prise de risque inconsidérée car elle serait une forme de banalisation par la loi de la consommation de drogue. La loi doit poser des limites et non pas proposer des transgressions. Le risque d’émettre un mauvais signal, notamment, à destination des jeunes ne peut pas être couru ainsi.

Contraception d’urgence pour les mineurs

La phrase suivante se trouve dans le texte actuel : « Dans les établissements d'enseignement du second degré, si un médecin, une sage-femme ou un centre de planification ou d'éducation familiale n'est pas immédiatement accessible, les infirmiers peuvent, à titre exceptionnel et en application d'un protocole national déterminé par décret, dans les cas d'urgence et de détresse caractérisés, administrer aux élèves mineures et majeures une contraception d'urgence ».

Elle deviendrait : « Dans les établissements d'enseignement du second degré, les infirmiers peuvent, en application d'un protocole national déterminé par décret, dans les cas d'urgence, administrer aux élèves mineures et majeures une contraception d'urgence ».

La loi Santé en débat propose ainsi la banalisation de la contraception pour les mineurs.
Cette loi indique une conception erronée de la dignité de la personne humaine, ôtant toute responsabilité de la part des adultes vis-à-vis des jeunes mineurs confrontés aux questions affectives et sexuelles.
Il est inconcevable que la loi laisse ainsi les adolescents seuls dans l’exercice de ces premiers discernements qu’ils doivent faire sur leur corps, sur leur engagement, sur leur rapport même à la vie. Cet amendement vise encore à déconstruire un peu plus cette responsabilité que la société adulte doit exercer sur les jeunes générations, faisant miroiter à ces dernières une fausse image de la liberté faite, non pas de choix, mais d’absence de choix.

dimanche 28 décembre 2014

La loi de 1905 : une laïcité intelligente et non un laïcisme de combat.

Sans cesse, on nous serine « la laïcité » pour mettre l’expression de la foi sous un couvercle de béton, c'est-à-dire dans la plus stricte intimité ! A l’évidence, nombreux sont ceux qui, bien plus qu’athées, sont des militants virulents dont l’objectif est d’éradiquer toute forme de foi. Les mêmes sont certainement prêts à se définir comme tolérants, conciliants, ouverts, … Mais ce sont fondamentalement des intolérants, à l’esprit fermé sur leurs certitudes idéologiques.

Ils sont pris d’une véritable phobie (sentiment allant de la détestation à la haine accompagnée d'une attitude hostile et de rejet) dès qu’ils entendent de tels mots : religion, foi, messe, chrétien, catholique, musulman, crèche, Toussaint, Pâques, …

Une institutrice me disait récemment qu’elle ne devait plus employer le terme de Toussaint, ni celui de sapin de Noël (à remplacer par " arbre de lumière " !), ni même celui de fève qui fait référence aux rois Mages !

Ont-ils raison de militer ainsi ? Sont-ils en accord avec les Pères fondateurs de la laïcité en France ? Pour le savoir, le mieux est d’aller voir le texte de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat.

Article 1. La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

La loi non seulement n’interdit pas l’exercice des cultes, mais en plus elle en garantit le libre exercice !
Certes sous certaines conditions, mais la République ne manifeste pas une sainte horreur des cultes religieux !!

Article 2. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes.
Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.
Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l'article 3.

La séparation ne se fait pas par rejet et interdiction, mais seulement en coupant le soutien financier des cultes, quelle que soit la religion.

Il aurait pu en être autrement, mais cela est acceptable : en effet, les liens financiers peuvent dériver sous toute forme d’influence et de relations bien peu légales.

Mais, il faut noter trois éléments importants pour comprendre que l’Etat n’a aucune phobie religieuse :

-         si l’Etat a nationalisé les édifices religieux construits avant 1905 (et leurs mobiliers), il en a non seulement accordé la jouissance gratuite aux religions concernées mais, en plus, il en assure l’entretien du propriétaire ;
-         l’Etat accorde à toute association conforme à la lettre de la loi de 1901 des subventions ou avantages lorsqu’elles sont reconnues d’utilité publique, sans en exclure les associations de fidèles religieux ;
-         l’Etat supporte les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics !

Ce troisième point est fondamental pour comprendre l’ouverture d’esprit des Pères fondateurs de cette loi : lorsqu’il impose à une personne une contrainte de vie, l’Etat non seulement se charge de lui permettre de pratiquer son culte, mais plus encore il prend en charge certaines dépenses.

Prenons l’exemple des armées : fin 2010, il y avait 221 aumôniers dans les armées (141 catholiques, 33 protestants, 30 musulmans et 17 israélites). Ils ont un statut militaire et sont rémunérés sur le budget de la Défense. A bord des navires militaires selon leurs tailles, dans les régiments et les bases de l’armée de l’Air, il y a des chapelles et des messes y sont dites régulièrement.

L’Etat soutient la pratique de son culte dans certains édifices publics (casernes, hôpitaux, prisons, …) par toute personne qui est contrainte par son statut à résider dans cet édifice.

Article 27. Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d'un culte, sont réglées en conformité de l'article L2212-2 du code général des collectivités territoriales.
Les sonneries des cloches seront réglées par arrêté municipal, et, en cas de désaccord entre le maire et le président ou directeur de l'association cultuelle, par arrêté préfectoral.

Cet article montre que ceux qui veulent réduire l’expression de la foi au domaine privé sont en infraction avec la loi !

L’article 28 a été traité précédemment dans mon blog : il montre que les restrictions relatives aux signes et emblèmes religieux sont réelles mais ne couvrent pas le champ complet de l’espace public.

Une fois de plus, il n’est pas conforme à la loi d’interdire toute présence à connotation religieuse dans l’espace public. Sinon, il faudrait supprimer du Louvre probablement les deux tiers des œuvres qui y sont exposées, tant l’histoire de l’art est liée au religieux !

Il y a quelques autres articles qui peuvent éclairer certains points particuliers des rapports de l’Etat et des cultes (associations pour l’exercice des cultes, police des cultes).

Enfin, la plupart des articles que je n’ai pas mentionnés concernent les règles de transition nécessaires à la mise en œuvre de cette loi : ils ne sont évidemment plus d’actualité aujourd’hui.

On peut donc conclure que la laïcité des Pères fondateurs de cette loi a été mesurée dans son application, qu’elle ne porte aucun jugement moral sur le fait religieux, qu’elle le reconnaît et le prend en compte intelligemment et avec un esprit ouvert.

A l’inverse, certains se servent de cette loi pour éradiquer le fait religieux de notre société, pour lutter contre la présence de crèches dans l’espace publique, pour faire disparaître les termes religieux des agendas (on fête les « Maurice » et non plus la « Saint Maurice ». On supprime les références aux fêtes religieuses catholiques des agendas), etc. Ce faisant, ils coupent les Français de leurs racines historiques, à l’encontre des connaissances psychologiques qui affirment combien tout être vivant a besoin de ses racines pour se développer harmonieusement ! Pourquoi protéger les plantes et les animaux avec tant d’attention et se permettre d’éradiquer des pans entiers de la vie humaine ?

Cela me rappelle la volonté de Vincent Peillon « d’arracher l’élève à tous les déterminismes », dont le déterminisme familial ! Oserait-on faire cela au plus petit des animaux, à la plus petite des plantes ?


La laïcité a été érigée en France pour que l’on « rende à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu ». Telle est la loi de 1905. 

C’est en définitive une loi du vivre ensemble et non de la lutte fratricide, dont il faudrait réapprendre les termes et pratiquer l’esprit initial pour une vie paisible en société.

samedi 27 décembre 2014

Crèche et laïcité : un argumentaire.

Décembre 2014, le tribunal administratif de Nantes a jugé la présence d’une crèche de noël dans le Conseil général de Vendée - instaurée depuis plusieurs années - « incompatible avec la neutralité du service public ».

Mais que dit la loi de 1905 ? Il faut aller voir son article 28 pour trouver un élément de réponse : « Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions ». C’est tout !

Une lecture rapide semble confirmer la justesse du tribunal administratif. Mais, il est nécessaire d’en étudier tous les mots pour être certain de cette justesse.

La crèche est-elle un signe ?

Pour le Larousse, un signe est :

-         ce qui permet de connaître ou de reconnaître, de deviner ou de prévoir quelque chose (« Il n'y a aucun signe d'amélioration » ; « Quand les hirondelles volent bas, c'est signe de pluie »). Ce que n’est pas une crèche ;
-         un geste ou une mimique permettant de faire connaître une pensée ou de manifester un désir, un ordre (« Faire un signe de la tête »). Ce que n’est pas une crèche ;
-         une marque distinctive faite sur quelque chose (« Marquer d'un signe les arbres à abattre »). Ce que n’est pas une crèche ;
-         une représentation matérielle d'une chose, dessin, figure ou son ayant un caractère conventionnel (« Signes de ponctuation »). Ce que n’est pas une crèche ;
-         un phénomène extraordinaire, miracle, dans le domaine surnaturel, religieux. Ce que n’est pas une crèche.

A l’évidence, une crèche n’est pas un signe !

La crèche est-elle un emblème ?

Pour le Larousse, un emblème est :

-         un signe conventionnel à valeur symbolique, parfois accompagné d'une légende en forme de sentence. Ce que n’est pas une crèche ;
-         un être ou objet symbole d'une qualité, d'une chose abstraite (« La colombe est l'emblème de la paix »). Ce que n’est pas une crèche ;
-         un attribut destiné à représenter une autorité, une personne, une collectivité. Ou un insigne (« Les emblèmes de la royauté »). Ce que n’est pas une crèche.

A l’évidence, la crèche n’est pas un emblème !

A ce niveau d’étude de l’article 28, on voit d’ores et déjà que la crèche ne rentre pas dans les interdits de la loi de 1905.

La crèche est-elle « élevée » sur un monument public ou en quelque emplacement public que ce soit ?

Pour le Larousse, « élever » veut dire :

-         mettre, placer, porter quelque chose plus haut ; hisser, soulever (« Élever des blocs de pierre avec une machine »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche ;
-         de manière littéraire, tenir quelque chose dressé vers le haut (« Cyprès qui élèvent leurs cimes »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche ;
-         placer quelque chose verticalement par rapport au sol ; dresser, ériger (« Élever un mât de cocagne ») ;
-         bâtir, construire (« Élever un monument ») ;
-         de manière littéraire, fonder, établir (« Élever une théorie »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche ;
-         émettre une objection, un doute, une protestation, etc. Ce qui n’est pas le cas pour une crèche;
-         augmenter (de tant) une valeur, un niveau (« Les pluies ont élevé le niveau du fleuve de 50 centimètres »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche ;
-         porter à un rang supérieur dans un ordre social, moral ou intellectuel (« Elever quelqu'un à la dignité de professeur émérite ». « Élever le débat »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche.

Seuls les troisième et quatrième sens peuvent s’envisager pour une crèche.
Cependant, la crèche n’est pas placée verticalement par rapport au sol, mais elle prend une place bien plus horizontale que verticale.
Si on peut la considérer comme bâtie ou construite, c’est de manière extensive par rapport au sens premier de ces termes car elle n’est que montée avant d’être démontée !

Une crèche, à l’évidence, n’est pas « élevée ».

Quoiqu’il en soit, comme elle n’est ni un signe ni un symbole, rien n’interdirait de « l’élever » en un emplacement public.

La crèche est-elle « apposée » sur un monument public ou en quelque emplacement public que ce soit ?

Pour le Larousse, « apposer » veut dire :

-         appliquer quelque chose sur quelque chose (« Apposer une affiche sur un mur »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche ;
-         inscrire une signature, une marque, etc., sur un document (« Apposer un visa sur un passeport »). Ce qui n’est pas le cas pour une crèche.

Une crèche, à l’évidence, n’est pas « apposée » sur un monument public ou en quelque emplacement public que ce soit.

Une crèche ne devrait donc pas être interdite à l’intérieur d’un monument public ou dans un emplacement public.



mercredi 26 novembre 2014

La prononciation au service de l'oecuménisme !

Jusque là, entre catholiques, protestants et orthodoxes, on se jetait plutôt des œufs à la tête. C'est, probablement, de là que provient la prononciation usuelle de ce mot : eucuménisme, avec un "eu" comme dans "œuf" !

Mais aujourd'hui où nous prions et œuvrons pour que l’œcuménisme soit le signe d'un lien plus étroit entre religions, il serait bon que ce mot devienne le symbole de l'union entre catholiques et protestants et orthodoxes : en le prononçant écuménisme, comme le souhaite la linguistique. Alors cela nous aidera à faire un grand pas vers l'unité !

Consultez vos dictionnaires aux mots œcuménisme, Œdipe, œnologie, œsophage ... vous verrez que la phonétique indique que le "œ" doit se prononcer "é". L'explication se trouve naturellement dans les mots grecs dont ils sont issus et qui commencent par "oi" (oi) et que la tradition linguistique a toujours prononcé "é" : oikumenh (oecuménisme), Oidipos (Oedipe), oinologos (oenologie) et oisofagos (oesophage). Il en est d'ailleurs de même de la prononciation de foetus (lire fétus) bien que la raison étymologique soit différente.

Mais, allez-vous me dire, on prononce bien œuf, bœuf ... Oui, mais là l'étymologie est différente : l'ensemble "oeu" vient en effet du latin "ov" qui a toujours été prononcé "e". Ainsi, œuf vient de ovus et bœuf de bovem.


Alors, progressons vers l'unité des chrétiens en concordance phonétique !


NB : j'avais appris cela en cours de grec en 4ème ! Notre professeur de grec nous avait tous repris, nous demandant de prononcer Œdipe de cette manière : "édipe". Je n'ai jamais oublié cette leçon et je suis souvent retourné vers le Larousse pour vérifier qu'il en était toujours ainsi car, lorsque j'en fais la remarque, on me prend pour un illuminé (j'aimerais bien !).
On va me dire que trop de monde prononcent ces mots avec un "eu" et que ce serait chose impossible de renverser les usages. C'est étonnant car nous sommes à une époque où l'on fait tout ce que l'on peut pour sauvegarder des espèces en voie de disparition : on estime que cette protection de la nature est essentielle. Mais essentielle à quoi puisque tant d'espèces ont disparu après des catastrophes naturelles ?
Je serais heureux que l'on conserve les traces de notre vocabulaire et de sa prononciation : elles nous relient au passé, à nos racines, et cela a du sens de se conformer à une bonne raison (ici l'étymologie) plutôt qu'à une ignorance !